À Propos

     Rendre hommage, détourner, citer, réinterpréter... la pratique est probablement aussi vieille que l'art lui-même. L'inconscient de l'artiste est fait de nombreuses strates iconographiques, glanées ici et là au gré des rencontres et des sensibilités artistiques, et qui se dévoilent souvent derrière une création. Sciemment réutiliser un standard graphique revient à reconnaître une antériorité de talent, reconnaître l'héritage des anciens, et donc de se placer dans une filiation artistique dont on n'est que le maillon d'une longue chaîne. Les artistes de la Renaissance ont particulièrement suscité les relectures, aussi bien une

Naissance de Vénus de Botticelli

revisitée jusqu'en pompe à essence

(Alain Jacquet, 1964) que la Joconde

de De Vinci incessamment réinventée

y compris par les plus grands. Le

motif de la Vénus D'Urbin de Titien

(1538-1539), elle-même hommage

à la Vénus endormie de Giorgione

(vers 1510), a été longuement

réinterprété jusqu'à Manet (L'Olympia, 1863), œuvre qui a renforcé encore la charge iconique de l'original et qui se trouve à son tour réinvesti par les artistes postérieurs, comme Herman Braun-Vega qui s'est fait une spécialité de l'hommage aux maîtres anciens.

         Si l'on devait juger la valeur d'une œuvre à l'aune des hommages qui lui ont été rendus, nul doute que L'Origine du monde de Courbet -n'en déplaise aux âmes pudibondes- figurerait en bonne place dans le panthéon des chefs d'œuvres  de  l'histoire  de l'art.  Au point  d'y  atteindre  le grade                                    de mythe. Étrange carrière que celle de cette modeste

toile de quarante-six centimètres sur

cinquante-cinq, datée de 1866, longtemps restée

objet de culte privé, mais dont la médiatique

introduction sur les cimaises du musée

d'Orsay en 1995 offrit une (sur)exposition

aussi flamboyante que controversée. Sujet

décontextualisé de toute temporalité et de

tout espace, mais aussi dépersonnalisé par

l'absence de visage, il met en prise direct le

regardeur avec  une  obsession  universelle  de  l'homme, 

moteur de la création artistique depuis les Vénus paléolithiques : le sexe de la femme, "cet obscur objet de désirs" [1]. Œuvre charnière de l'histoire de la peinture, auréolée tout à la fois d'un passé romanesque et d'une longue occultation propre à susciter la curiosité, sinon le fantasme, précédée d'une réputation sulfureuse, apte à cliver les opinions, quoi qu'on en pense, quoi qu'on en dise, en moins d'un quart de siècle d'exposition seulement, l’œuvre emblématique de Courbet n'a cessé et ne cesse toujours pas de susciter hommages, citations, réinterprétations, détournements ou autres relectures, du simple clin d’œil caustique à la reformulation féministe.

       Icône désormais aussi célèbre que le sourire de Mona Lisa, empreinte universelle de l'histoire des arts, L'Origine du monde ne pouvait laisser indifférents les héritiers du maître réaliste, qu'il se retrouve ou non dans son audace esthétique. Car la radicale frontalité à laquelle le peintre d'Ornans nous invite avec ce tableau dépasse le cadre même d'une exposition de vulve velue ; elle pose la question du regard porté sur l'intime, celui que l'on porte sur l'objet lui-même -le sexe féminin-, et sur l'émotion que peut convoquer sa révélation directe -émotion qui ne sera évidemment pas la même pour des observateurs masculins (aux pulsions scopiques desquels l’œuvre était de prime abord destinée) et une spectatrice féministe pour qui cette exhibition de corps-tronc sans visage peut constituer le comble de la phallocratie en art. L’œuvre pose également la question du regard que l'on peut porter sur les autres regards qui s'y risquent ; 

L'Origine du monde est, par excellence,

une œuvre voyeuriste : le tableau

dès lors fait plus que donner à voir,

il donne encore à observer.

« Ce Courbet là, du haut de sa

chair, nous regarde, nous fouille

jusqu'au coeur, met à nu nos vices ;

puis, résumant nos laideurs, il nous

peint dans notre vérité afin de nous

faire rougir » [2].

 

     Bref, le sujet de L'Origine du monde

revient comme un mantra dans la création

artistique contemporaine, une prière répétitive

et sacrée dont l'empreinte est si distincte d'entre

toutes qu'elle participe d'un culte devenu

universel, stylistiquement autant que

géographiquement. Cet site se propose

de faire un tour d'horizon non exhaustif

de plus de cinquante versions de L'Origine du

monde, qui sont autant de portes d'entrées sur

des univers artistiques et techniques éclectiques,

portraits de personnalités artistiques issues  de

tous  les continents et de tous les

médiums, qui se sont confrontés

au sulfureux original, celui-ci devenant le support d'intentions artistiques d'une grande variété, le révélateur d'un rapport complexe au sexe et à sa représentation en art.

    La multiplicité des versions contemporaines de L'Origine du monde rend Courbet plus moderne que jamais, abondant ainsi ce constat de Manuel Jover: « Courbet est présent. Pour peu qu'on le cherche, il afflue, il abonde, il se reconstitue sous nos yeux, à nos oreilles, avec une rare prodigalité » [3]. Au bout du compte, qu'ils soient favorables ou non à l'oeuvre du peintre   d'Ornans,  tous   les   détournements, citations, et hommages divers et variés que contient ce livre sont autant de flammes qui entretiennent le souvenir de ce peintre iconoclaste, très contesté en son temps, par sa liberté de ton et d'expression.   

1 – Cet obscur objet de désirs, intitulé d'une exposition réalisée "autour de L'Origine du monde" au Musée Courbet, Ornans, 2014.

2 – Pierre GEORGEL, Courbet, le poème de la nature, Découverte Gallimard, 1995

3 – Manuel JOVER, Courbet, Editions Terrail, 2007, p. 8

Pour en savoir

plus sur...

Gustave Courbet
L'Origine du monde
Les oeuvres de Courbet

Contact :

50nuancesdecourbet

Ce site a pour vocation de (re)découvrir l'oeuvre de Courbet à l’aune d'artistes contemporains. En effet, le tableau le plus célèbre du peintre d'Ornans, L'Origine du monde, est sans doute l'une des oeuvre les plus citée, détournée, réinterprétée par les artistes depuis sa mise en lumière au musée d'Orsay en 1995. A travers une cinquantaine de versions contemporaines de ce très osé portrait de sexe féminin, toile de 46 cm sur 55, peint en 1866, chaque chapitre du site se propose de découvrir l'univers d'un artiste lui ayant rendu hommage, puis de faire résonner cet univers artistique avec celui de Courbet.

Bonne visite de ce musée virtuel...

COMPLÉMENTS HISTOIRE DES ARTS

Le nu allongé qui nous regarde

Le nu au chien

Le nu allongé de dos

 
 
 
 
 

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André Gill, caricature de Gustave Courbet, L'Eclipse, 2 juillet 1870